Du 1er au 5 décembre 2025, j'ai eu le privilège de participer au XIXᵉ Congrès mondial de l'International Water Resources Association (IWRA), organisé à Marrakech, au Maroc, par l'IWRA et le Ministère de l'Équipement et de l'Eau du Royaume du Maroc.

Placée sous le thème « Water in a Changing World: Innovation and Adaptation », cette rencontre internationale a réuni plusieurs centaines de chercheurs, décideurs publics, représentants d'organisations internationales et praticiens venus des quatre coins du monde afin de réfléchir aux grands défis de la gouvernance mondiale de l'eau face aux changements climatiques.

Une contribution aux réflexions sur les aquifères transfrontières

J'ai eu le plaisir de participer au panel international intitulé : « The Future of Transboundary Aquifer Management under Legal Uncertainty: What Next? » aux côtés de Imad Antoine Ibrahim et Laura Movilla, sous la modération de Mara Tignino, avec une conférence inaugurale particulièrement stimulante de Rosario Sánchez.

Les échanges ont porté sur les incertitudes juridiques qui continuent d'entourer la gestion des aquifères transfrontières et sur les perspectives d'évolution du droit international des eaux souterraines. Les discussions ont permis de confronter différentes expériences nationales et régionales tout en mettant en évidence la nécessité de renforcer les mécanismes de coopération entre États partageant une même ressource souterraine.

De la fragmentation à la mutualisation : une nouvelle perspective de coopération

Au cours du congrès, j'ai également animé une conférence consacrée à mes travaux de recherche : « De la fragmentation à la mutualisation : quelle voie pour la coopération des aquifères transfrontières ? » Cette présentation s'inscrivait dans une réflexion plus large sur l'évolution du droit international de l'eau et proposait une lecture renouvelée des mécanismes de coopération applicables aux aquifères transfrontières. J'y ai défendu l'idée que les difficultés rencontrées dans la gestion des eaux souterraines partagées ne résultent pas uniquement de l'absence de normes juridiques, mais également de la fragmentation des cadres institutionnels, des compétences administratives et des mécanismes de gouvernance.

À partir de cette analyse, j'ai proposé le concept de coopération mutualisée, conçu comme une approche fondée sur le partage des responsabilités, des connaissances, des ressources, des risques et des bénéfices entre les États partageant un même système aquifère. Cette approche vise à dépasser une logique de simple coordination pour construire une véritable communauté de gestion autour d'un intérêt commun.

Une expérience scientifique particulièrement enrichissante

Au-delà de mes interventions, ce congrès a constitué une occasion exceptionnelle de rencontrer des spécialistes du droit de l'eau, de l'hydrologie, des sciences politiques, de l'économie et de la gouvernance environnementale provenant de nombreuses régions du monde. Les nombreuses discussions ont confirmé combien les défis liés à l'eau exigent aujourd'hui des approches interdisciplinaires, une coopération internationale renforcée et une meilleure articulation entre les connaissances scientifiques et les cadres juridiques.

Cette participation a également permis de nouer de nouvelles collaborations de recherche et d'enrichir mes réflexions sur les liens entre sécurité de l'eau, coopération transfrontalière, gouvernance des aquifères et résilience face aux changements climatiques.

Une conviction renforcée

Je retiens de cette expérience une conviction forte : les défis de l'eau ne pourront être relevés durablement que si les États, les institutions scientifiques, les organisations internationales et les communautés locales développent des formes de coopération plus intégrées, plus solidaires et davantage fondées sur le partage des connaissances. Les échanges tenus à Marrakech continueront d'alimenter mes travaux de recherche sur le droit international de l'eau, la gouvernance des ressources hydriques et les mécanismes de coopération appliqués aux aquifères transfrontières.

Je remercie chaleureusement l'International Water Resources Association (IWRA), le Ministère de l'Équipement et de l'Eau du Royaume du Maroc, les organisateurs du congrès ainsi que l'ensemble des collègues rencontrés à Marrakech pour la qualité des échanges scientifiques et l'esprit de collaboration qui a marqué cette édition du Congrès mondial.

Dr Sessinou Émile HOUÉDANOU