Du 24 au 27 mai 2026, j'ai eu le privilège de participer à la Réunion annuelle conjointe de la Société canadienne de géotechnique (CGU) et du Comité national canadien de l'Association internationale des hydrogéologues (IAH-CNC), organisée à l'Université Dalhousie à Halifax (Nouvelle-Écosse) sous le thème : « Faire progresser les connaissances en sciences de la Terre et de l'environnement »

Ce congrès a réuni des chercheurs, hydrogéologues, juristes, représentants gouvernementaux, organisations non gouvernementales et praticiens de partout au Canada afin de réfléchir aux défis scientifiques, juridiques et institutionnels liés à la gestion durable des eaux souterraines.

Une session consacrée à la gouvernance des eaux souterraines au Canada

J'ai eu le plaisir d'intervenir lors de la session « Groundwater Governance and Policy in Canada: Innovations, Gaps and Future Priorities », aux côtés de Carrie Jennings (Freshwater Society), Ian Stewart (University of King's College), Richard Jackson (University of Waterloo) et Mike Wei (Hydro Geo Logic).

Cette session s'inscrivait dans un contexte particulièrement important pour le Canada, marqué notamment par la création de l'Agence de l'eau du Canada (AEC), la révision de la Loi sur les ressources en eau du Canada et les travaux en cours visant l'élaboration de la première Stratégie nationale de la sécurité de l'eau. Elle avait pour objectif de faire le point sur les innovations, les lacunes et les priorités futures en matière de gouvernance des eaux souterraines, à un moment charnière pour les politiques canadiennes de l'eau.

Dans ce cadre, j'ai présenté une communication intitulée : « Legal and Policy Frameworks for Groundwater in Quebec: Recognition of Ecological Value, Biodiversity, and Contributions of Indigenous Knowledge ».

Ma présentation proposait une analyse de l'évolution des cadres juridiques et des politiques publiques encadrant les eaux souterraines au Québec, en mettant en lumière trois dimensions désormais essentielles à leur gouvernance : la reconnaissance de leur valeur écologique, leur rôle dans la conservation de la biodiversité et l'apport des savoirs autochtones à la gestion durable des ressources en eau.

J'y ai montré que les réformes législatives entreprises au Québec témoignent d'une évolution progressive vers une conception plus intégrée des eaux souterraines, qui ne sont plus seulement considérées comme une ressource à exploiter, mais également comme une composante essentielle des écosystèmes et de la sécurité hydrique. Cette évolution demeure toutefois confrontée à plusieurs défis, notamment la fragmentation des compétences institutionnelles, la coordination entre les différents ordres de gouvernement et la prise en compte des interactions entre les eaux souterraines, les eaux de surface, les milieux humides et la biodiversité.

Les échanges avec les autres intervenants ont permis d'élargir cette réflexion à l'échelle canadienne. Les discussions ont notamment porté sur l'adoption d'une approche systémique de la gouvernance des eaux souterraines, les progrès réalisés en matière d'inclusion, d'équité et de participation des peuples autochtones, les priorités futures pour renforcer la coordination entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux, ainsi que les investissements nécessaires pour assurer une gestion durable des eaux souterraines.

Un constat s'est imposé tout au long de cette session : malgré leur importance stratégique pour l'approvisionnement en eau potable, le maintien des écosystèmes, la résilience climatique et le développement économique, les eaux souterraines demeurent encore insuffisamment intégrées dans plusieurs politiques publiques. Renforcer leur gouvernance suppose désormais de dépasser les approches sectorielles afin de promouvoir une vision plus intégrée, collaborative et fondée sur les connaissances scientifiques, les innovations institutionnelles et les savoirs autochtones.

Participer à la cartographie de la gouvernance des eaux souterraines au Canada

J'ai également eu le plaisir de participer à la table ronde : « Mapping Canada's Groundwater Governance Landscape » aux côtés de Dustin Garrick, Mike Wei, Diana Paredes, Nathaniel Bergbusch, Sophie Bhalla, Isabel Jorgensen, Hillary Sutton, Jonathan Keizer, Aislin Livingstone et Alan Shapiro.

Cette discussion collective visait à dresser un portrait des acteurs, des institutions, des initiatives et des défis qui façonnent aujourd'hui la gouvernance des eaux souterraines au Canada.

Les échanges ont confirmé la nécessité de développer une vision nationale plus cohérente, capable d'articuler les responsabilités fédérales, provinciales, territoriales, municipales et autochtones dans une perspective de coopération et de sécurité hydrique.

Une recherche au cœur des transformations actuelles

Cette participation s'inscrit directement dans mes travaux de recherche consacrés au droit de l'eau, à la gouvernance des eaux souterraines et à la sécurité hydrique.

Les réflexions engagées à Halifax ont conforté une idée qui traverse aujourd'hui plusieurs de mes recherches : les principaux défis ne tiennent pas uniquement à l'existence de règles juridiques, mais également à leur capacité à favoriser une coordination effective entre les institutions, les disciplines et les acteurs concernés.

Dans un contexte marqué par les changements climatiques, la pression croissante sur les ressources en eau et l'évolution des besoins des collectivités, renforcer la gouvernance des eaux souterraines apparaît désormais comme une priorité stratégique pour le Canada.

Une expérience scientifique particulièrement enrichissante

Au-delà des présentations, cette rencontre a constitué une formidable occasion d'échanger avec des chercheurs et praticiens provenant de disciplines variées, hydrogéologie, droit, géosciences, politiques publiques et gouvernance environnementale.

Je remercie chaleureusement les organisateurs de la réunion annuelle conjointe CGU–IAH-CNC, la Fondation Gordon et l'ensemble des intervenants de ces sessions ainsi que tous les collègues avec lesquels j'ai eu le plaisir d'échanger.

Ces discussions continueront d'alimenter mes recherches sur la gouvernance de l'eau, les eaux souterraines, la sécurité hydrique et les approches intégrées permettant de mieux répondre aux défis environnementaux contemporains.

Dr Sessinou Émile HOUÉDANOU